mardi 9 février 2016

[Chronique] Fleshgod Apocalypse - King

On ne va pas se mentir, je n'avais pas du tout l'intention de chroniquer ce nouveau Fleshgod Apocalypse, car avec Labyrinth, leur précédente livraison, on avait touché le fond d'un océan de merde indescriptible, bref, j'avais perdu tout espoir concernant les italiens, pourtant, c'était pas mal avant, enfin, Oracles surtout, le premier album, et puis il y a eu Agony, c'était moins bien, et donc la catastrophe planétaire Labyrinth, trois disques finalement assez différents, mais avec un point commun, celui d'avoir été enregistrés avec une patate, ouais, produire un album correctement n'a jamais été le point fort du groupe, ce n'était pas forcément gênant avec Oracles, mais par la suite, l'intégration au tractopelle d'éléments symphoniques avait transformé le son de Fleshgod Apocalypse en une bouillie sonore quasiment inaudible sur Labyrinth, ajoutons à un son de merde des compositions simplistes consistant à plaquer des tonnes d'éléments symphoniques et trois styles de vocaux différents sur un Death le plus brutal possible, et on obtient un gigantesque cataclysme sonore.
Pourtant, je vais vous parler de ce nouveau disque, parce que quelque chose à changé chez les italiens...

Fleshgod Apocalypse s'est enfin décidé à bosser avec un producteur qui connait son boulot!!!
Enfin, j'imagine que c'est le label Nuclear Blast qui a envoyé le groupe bosser avec lui après le désastre Labyrinth, et c'est donc le grand Jens Bogren qui s'est occupé de mixé tout ça, enfin un mec capable de pouvoir gérer la surcharge bruitiste et orchestrale du combo transalpin, bon, ce n'est pas un faiseur de miracle non plus, faut pas pousser, King sera bien évidemment un poil trop compressé, mais Bogren a réussi à conserver suffisamment de dynamisme pour équilibrer la tambouille des italiens, l'album est mieux dosé, on a moins l'impression à l'écoute de se faire écrabouiller par une pluie de parpaings, même la batterie du culturiste Francesco Paoli sonne correctement, un véritable exploit, bref, pour la première fois, un disque de Fleshgod Apocalypse est bien produit, et bosser avec Bogren, ça change tout.

Ce n'est pas la seule chose qui a changé, Fleshgod Apocalypse a appris à composer des chansons, après trois albums, il était temps, bon, ils n'y arriveront pas tout le temps sur King, mais y'a du progrès, surtout, plutôt que de se contenter de vomir des orchestrations sur un tapis de Blast Beats et une bouillie de riffs de boucher, les italiens se sont décidés à tenter d'intégrer pleinement le symphonique à son Death Br00tal, et ça, ça change pas mal les choses, et la nature même des compositions, car en faisant ça, Fleshgod apocalypse va insuffler du dynamisme à sa musique, en la dosant davantage, et en l'aérant considérablement, ouais, Fleshgod Apocalypse est en quelque sorte devenu un Septic Flesh, mais en plus bourrin, car les italiens ne pourront jamais s'en empêcher, malgré leurs bonnes intentions, il faut toujours que ce soit ultra bourrin, ce qui va faire de King un album en forme de Hit and Miss, plutôt inégal, même si supérieur à ses deux productions précédentes.

Ce premier album de l'histoire de Fleshgod Apocalypse à avoir été enregistré avec autre chose qu'une patate commence bien, très bien même, l'introduction clinquante sert de rampe de lancement idéale à un In Aeternum qui se montrera sombre et baroque à souhait, n'y allons pas par quatre chemins, In Aeternum est un excellent morceau de Septic Flesh, pas forcément de Fleshgod Apocalypse, mais on ne va pas faire la fine bouche, on y retrouve l'ambiance et les orchestrations apocalyptiques des grecs, la seule marque de fabrique de l'identité des italiens sera le chant clair, toujours aussi reconnaissable, en dehors de ça, le morceau est diablement fluide, emphatique, et bonne nouvelle, les leads d'inspirations neo-classiques font enfin leur retour, comme à l'époque d'Oracles, ça tombe bien, c'est justement ce que le groupe faisait de mieux à l'époque, et qui rendait son Death intéressant et unique.

Après un début en fanfare, ça va un peu retomber avec Healing Through War, c'est sur ce genre de morceau (Gravity également) qu'on va se rendre compte que Fleshgod apocalypse n'est pas Septic Flesh et qu'il va se galérer sur du mid-tempo là où les grecs ont tendance à briller, ce n'est pas que le morceau est mauvais, il est juste moyen, trop syncopé, qui enchaîne les plans sans vraiment savoir où il va, à contrario, dans le même genre de morceau, les italiens s'en sortiront un peu mieux sur Cold as Perfection, un mid tempo écrasant, menaçant, particulièrement emphatique dans ses orchestrations, avec le délicieux chant de Veronica Bordacchini, le titre nous emmènera même dans un break plutôt angoissant qui fait son petit effet, il est à noter que Veronica Bordacchini sera utilisée ici avec une certaine retenue, elle sera présente sur ce titre ainsi que sur l'interlude piano/voix Paramour, et un Syphilis placé en fin d'album, le titre ne méritait pas vraiment mieux malgré son orientation fortement atmosphérique et symphonique, seulement voilà, il est trop long et plat et jamais le groupe ne parviendra à relever la sauce, c'est dommage, car il contient de bonnes idées, et démontre une réelle volonté pour le groupe d'explorer davantage une dimension plus émotionnelle.

Evidemment, chassez le naturel, il revient au galop en char d'assaut pour te maraver la gueule à coups de parpaings sans aucune pitié, The Fool montrera un Fleshgod Apocalypse très classique, mais surtout honteusement prévisible, les orchestrations heureusement sont bien dosées, on retrouve le chant clair, qui n'est d'ailleurs plus utilisé de manière systématique sur l'album, tout est carré, c'est du bourrinage baroque habituel, mais enfin audible avec une bonne production, encore plus bas-de-plafond sera le fulgurant Mitra, dans un déluge de Blasts et de riffs quelconques où l'on retrouve enfin le pire de ce dont est capable de proposer le groupe en terme de brutalité symphonique vulgaire.

Il y a du mieux chez Fleshgod Apocalypse, même si on partait de tellement bas qu'il était difficile d'envisager que les italiens puissent faire pire, King est presque une renaissance pour un groupe qui semble avoir appris de ses très très nombreuses erreurs passées, les compositions sont meilleures, le groupe propose un album très sombre, plus diversifié, et moins en mode bourrinage automatique du début à la fin, les orchestrations sont désormais davantage intégrées à la tambouille, même si le groupe ne maîtrise pas encore tout à fait la formule, et le son est ENFIN correct, même si tout ça est encore un peu trop compressé, Bogren n'a pas fait de miracles sur ce point-là, mais a su apporter suffisamment de dynamisme et d'aérations au Brutal Death sympho des ritals pour le rendre enfin audible, c'est pas encore parfait, loin de là, mais Fleshgod Apocalypse redresse la barre, en espérant juste que le groupe ne retombe pas dans ses travers à l'avenir...

Septic Apocalypse
Track Listing:
1. Marche Royale  01:57
2. In Aeternum  05:25
3. Healing Through War  04:43
4. The Fool  04:06
5. Cold as Perfection  06:31
6. Mitra  03:49
7. Paramour (Die Leidenschaft Bringt Leiden)  03:42
8. And the Vulture Beholds  05:12
9. Gravity  05:12
10. A Million Deaths  05:27
11. Syphilis  07:22
12. King  03:59