jeudi 16 octobre 2014

[Chronique] Sanctuary - The Year the Sun Died

25 ans après son dernier album et 22 ans après son split, Sanctuary fait enfin son retour sur le devant de la scène avec son nouvel album, mouais, le "enfin" est surement de trop dans la phrase puisque dans un monde idéal, Nevermore n'aurait jamais splitté et on n'aurait jamais entendu reparlé de Sanctuary, après tout, Nevermore, fondé par les Sanctuary Warrel Dane et Jim Sheppard, accompagné de leur ancien guitariste live Jeff Loomis, représente l'évolution logique de Sanctuary post-Into The Mirror Black, un Power Metal sombre, torturé, et plus enclin au progressif, assez éloigné d'un Refuge Denied forgé dans le Power Thrash.
Sauf que voilà, Nevermore n'a pas résisté à l'alcoolisme de ses membres, créant des dissensions insurmontables qui ont entraîné l'explosion du groupe en 2011, et sans Loomis, démissionnaire en plus de du batteur Van Williams, plus de Nevermore, fin de l'histoire, ... enfin, en attendant que l’appât du gain n'apaise les dissensions et que le groupe fasse un come-back...
Bref, en attendant, il faudra donc se contenter de la reformation de Sanctuary, un choix logique de la part de Dane et Sheppard que de ressusciter un vieux groupe au nom déjà connu et jouissant d'une certaine notoriété à l'époque plutôt que de repartir sur un projet neuf aux perspectives de succès plus difficiles à prévoir, et plutôt que de l'aléatoire, il fallait surement mieux jouer sur la nostalgie avec Sanctuary, ce qui ne change pas grand chose à l'affaire en fin de compte, car The Year the Sun Died aurait pu aisément être un album de Nevermore, voilà le truc, Sanctuary, c'est du Nevermore sous un autre nom...

Vous aviez aimé Refuge Denied et espériez un retour aux sources pour Sanctuary? Dommage.
Car c'est bel et bien l'approche à la Nevermore qui est privilégiée par Sanctuary en 2014, et l'on est en quelque sorte en présence d'une version light de Nevermore, sans les digressions progressives et les structures alambiquées, Sanctuary fait du Nevermore plus simple, assez proche des premiers albums du groupe, une connotation vintage-Nevermore qui provoque un petit problème, car The Year the Sun Died sonne de manière très attendue et bien trop confortable, une sorte de mix entre les aspirations progressives et mélancoliques d'Into the Mirror Black et le côté très direct de Refuge Denied, sauf que Sanctuary est incapable de faire son choix entre les deux, et propose une musique bien trop banale et sans réelle prise de risque.
The Year The Sun died va tenter de faire de l'agressif, mais avec une certaine retenue, avec des tempos très lourds, pas très rapides, et même si tout cela est très Heavy et sombre, c'est très vite une sorte d'ennui qui va prédominer, et sincèrement, le chant de Dane y est pour beaucoup, on aurait aimé qu'il revienne à un type de chant plus agressif, mais ce n'est pas le cas, il nous ressert la même partition que lors des sept albums de Nevermore, bien sûr, sa voix colle bien à ce type de musique-là, son timbre très bas, assez particulier, apporte ce supplément d'ambiance et d'obscurité à Sanctuary, mais il semble bien incapable désormais d'évoluer dans un autre registre, et son chant va s'avérer bien trop monotone sur la durée.
C'est donc la recette de Nevermore qui est appliquée, une rythmique massive, des riffs très lourds chargés de groove, le chant de Dane pour l'atmosphère, et des leads mélodiques où l'on regrette constamment l'absence de Loomis, non pas que le duo de guitaristes Lenny Rutledge et Brad Hull soit mauvais, loin de là, mais les solos sont généralement plus simples que ceux de Loomis, moins techniques, ils collent parfaitement à l'ambiance, mais la seule chose que l'on pense en écoutant ce disque, c'est "Ah, ça ressemble donc à ça un disque de Nevermore sans Loomis?"
Le problème de cet album, c'est qu'on aurait peut-être aimé entendre un album de Sanctuary plutôt que des leftovers de Nevermore, j'exagère un peu, mais un titre comme Arise and Purity sonne tellement comme du Nevermore que j'ai cru m'être trompé de disque la première fois, ça la fout mal quand même, mais bon, le titre est correct malgré tout, le fait que le chant de Dane soit doublé par un chant plus pitché dans les aigus sur le refrain est une plutôt bonne idée, et dans le genre Nevermore-like, Question Existence Fading ou The World is Wired sont de beaux représentants du genre.
Même si l'on peu critiquer le manque d'originalité et de fraîcheur de cet album, on ne peut pas enlever à Sanctuary le fait de nous avoir pondu des morceaux qui sont tous à peu près bons, pas géniaux, certes, mais les refrains sont particulièrement justes et accrocheurs, les ambiances sont assez travaillées, cet album à vraiment une atmosphère particulière, le problème étant ce sentiment constant de redite et de recyclage.
Malgré tout, Sanctuary reste capable de nous pondre d'excellents morceaux quand justement il se rapproche de ce qui faisait le charme d'Into the Mirror Black, Exitium est un titre admirablement construit et incroyablement sombre et sinistre, un morceau sinueux qui joue sur le registre émotionnel, Frozen lorgne sur un Thrash sombre et puissant contenant un excellent refrain, ou aurait aimé entendre ça plus souvent, car pour le coup, ce Frozen a vraiment de l'impact et des leads plutôt agressives, un autre bon moment avec I Am Low, sorte de power ballade Thrashy dont la première partie acoustique et le chant hanté de Dane va nous emmener vers une seconde partie plus Heavy et mélodique, à contrario, One Final Day est soit un morceau tout à fait inutile soit une interlude acoustique trop longue, c'est d'ailleurs à partir de ce titre qu'un sentiment de lassitude risque de vous envahir, avec une seconde partie d'album anesthésiante, où l'on retrouve un The World is Wired banal, un The Dying Age aux consonances Rock quelque peu hors de propos, ou encore un dernier titre chargé d'ambiances mais qui tourne très vite en rond et qui manque de relief...

Cet album est quand même assez bizarre, il n'est pas assez agressif et percutant pour le rapprocher de Refuge Denied, mais n'a pas toutes les qualités du Power progressif d'Into the Mirror Black.
The Year The Sun died navigue constamment entre deux eaux, entre les deux univers, et ne parvient jamais réellement à convaincre, c'est certes bien exécuté, bien composé aussi, Warrel Dane est égal à lui-même avec son chant de baryton désespéré, l'album a une ambiance très sombre, parfois sinistre, mais ne proposent sans prendre de risque que des choses que l'on a déjà entendu, que ce soit dans les deux premiers albums ou durant une quinzaine d'année chez Nevermore, c'est quand même assez étrange de vouloir faire un album qui soit la continuation d'Into the Mirror Black alors que cette continuation a déjà eu lieu par le biais de Nevermore, et de ce fait, The Year The sun Died ressemble volontiers à ce que faisait Nevermore sur ses premiers albums.
Reste malgré tout un bon petit disque, mais sans réelle amplitude ni ambition, qui se contente de répéter une formule que l'on connait déjà, Nevermore n'existant plus, il faudra se contenter de ce Sanctuary en forme de sous-Nevermore, certains diront que c'est toujours mieux que rien...

Nevermortuary
Track Listing:
1. Arise and Purify
2. Let the Serpent Follow Me
4. Question Existence Fading  Bien trop familier, trop convenu
5. I Am Low
6. Frozen
7. One Final Day (Sworn to Believe)
8. The World Is Wired
9. The Dying Age
10. Ad Vitam Aeternam
11. The Year the Sun Died