mardi 21 avril 2015

[Chronique] Sigh - Graveward

S'il y a bien un album que j'attendais cette année, c'était bien celui-là, pas seulement car j'avais adoré le précédent In Somniphobia, mais pour l'ensemble de leur oeuvre, car même si c'est parfois bordélique, souvent bancal, parfois brillant aussi, on peut être sûr qu'il va toujours se passer quelque chose sur les albums des japonais, on peut être également à peu près sûr que chaque nouvel album sera différent du précédent, sans pour autant renier l'identité de sigh.
Bref, Graveward, ça sentait bon la nouvelle dose de folie furieuse à base de Black Thrash symphonique Heavy Jazz cacophonique, ouais, Sigh, c'est un peu une fanfare de kermesse psychédélique nippone, que l'on range volontiers dans la catégorie Avant-garde tant le niveau de bizarrerie et d'inventivité est élevé, je tenais d'emblée à vous dire mon admiration pour le combo japonais avant de démarrer cette chronique, qui sera largement moins positive que prévu, car à défaut d'un nouveau tour de force, Graveward s'avère quelque peu foiré, et parfois embarrassant pour la bande à Mirai Kawashima, y'a des trucs bien aussi, mais les réussites de ce nouvel album ne permettront pas de combler le sentiment de déception que j'éprouve à son écoute.

Contrairement à la dernière fois, pas de concept avec un long morceau étrange et lyrique divisé en plusieurs chapitres, Sigh revient à une structure d'album beaucoup plus classique pour lui, et l'on va malheureusement retrouver le côté foutraque et bordélique qui plombait parfois certains albums, et surtout, on va se manger un album en forme de pot-pourri de la discographie des japonais, qui n'a pas vraiment de direction précise, et dont le côté accessible le classe dans le genre d'album porte d'entrée à la discographie du groupe, autant dire qu'il va être difficile, pour qui connait un tant soit peu la discographie du groupe, d'être époustouflé par la prestation de Sigh sur Graveward.

Graveward, c'est en quelque sorte la normalisation de la folie, pour un groupe dont la grande force était jusqu'ici de prendre des risques et d'être particulièrement inventif, ça la fout un peu mal, Sigh va tellement vouloir en faire dans le bizarre en surchargeant ses morceaux d'orchestrations et d'éléments psychédélique qu'il va sonner de manière très forcée, pire encore, on est parfois à la limite de l'auto-parodie par moment, comme si Mirai s'était dit que balancer tout ce qu'il avait en stock en terme de bizarreries sonores allait suffire à faire tenir l'album debout, ce n'est pas le cas.

On va commencer par le très gros problème de l'album, qui est sa production, ce qui n'a jamais été le point fort du groupe, mais là, c'est pire; J'entends bien que la volonté du groupe était de proposer un son à l'ancienne, qui correspond bien à la vibe retro du disque, mais bizarrement Graveward sonne de manière inerte, c'est plat, la batterie disparaît dans le mix, les orchestrations et les différents chants son surmixés par moment, et ça ne fait que renforcer le sentiment de bordel ambiant, et l'on en arrive à ne plus du tout s'intéresser à ce qui se passe, l'album devient lentement un bordel cacophonique qui produit l'effet inverse de celui escompté, devenant répétitif et ennuyeux, Graveward sombre souvent dans la plus totale confusion, cet album, c'est un peu Scenes from Hell Part 2, en moins bien, et en encore plus chaotique, dans le mauvais sens du terme.

Encore une fois, la production ne va pas aider, car Mirai a fait dans le compliqué, en superposant toutes les couches de sa musique sans y apporter le liant nécessaire, chaque morceau est gavé à l’excès de textures, un bordel de riff, des claviers psychédéliques et des excentricités sonores à n'en plus finir, et un enchevêtrement de lignes de chant, car en plus des chants de Mirai et de Dr. Mikannibal, sigh a trouvé que c'était une bonne idée de saupoudrer tout ça de guests plus ou moins prestigieux qui n'apportent pas grand chose à part servir attrape-couillon, on trouve ainsi Sakis Tolis de Rotting Christ, Matt Heafy de Trivium, Metatron de The Meads of Asphodel, ou encore l'attention-whore ultime du Black Metal Niklas Kvarforth de Shining, j'imagine que la liste de guest fera joli dans le livret et que ça permettra à Sigh d'attirer de nouveau client, car pour la qualité, et surtout la pertinence de leur apport vocal, on repassera, tout ça ne fait en plus qu'ajouter du bordel et de la confusion à... de la confusion et du bordel, et hop, une couche de plus dans le mille-feuilles japonais, bonjour l'indigestion.

Pour j'aime bien le Bordel habituellement, mais le Bordel juste pour faire du bordel, dans le cas présent, ça n'a presque plus de sens, Graveward est une sorte de vaudeville baroque Black Metal bien trop excessif pour pouvoir fonctionner correctement, Mirai a dû s'éclater a balancer des samples horrifiques dans le dernier Necrophagia, on a l'impression qu'il ne fait plus que ça ici, et chaque titre sera un patchwork assez vulgaire et complètement décousu.
Un Black Retro psychédélique qui va du Thrash blackisé aux pataudes références Heavy Metal, King Diamond en tête, Mirai et son orchestre en mode fanfare grotesque et cacophonique, incursions dans le rock psychédélique, le symphonique n'est pas reste non plus, souvent plombé par une avalanche de cuivres bancale, orchestrations et sonorités ultra vintage, il y a de tout dans Graveward, et il y en a souvent trop.

Comme souvent chez Sigh, ça commence par un morceau de Heavy/Black psychédélique avec Kaedit Nos Pestis, c'est du classique, c'est simple, efficace sans être forcément intéressant, mais ça a le mérite d'être accessible, l'orchestre est très présent et se permet de nombreuses incursions aux cuivres, le refrain en chant clair est à peu près catchy, la formule sera d'ailleurs répétée dès le second titre, et à partir de là, on va pleinement entrer de plein pied dans le bordel sonore à la Sigh, où l'on va constamment alterner entre le bon et le médiocre, avec de l'ennui et des moments WTF, des morceaux parfois bâclés, en tout cas traités avec un certain dilettantisme, un riff, un truc WTF, un solo Heavy Metal, un autre truc WTF, un passage psychédélique, un incursion bruitiste de la fanfare, et on répète tout ça à l'envie en toute décontraction sans trop se faire chier, après tout, rien à branler de faire un truc cohérent, les gens sont venus pour du bordel WTF, on va leur en donner, et c'est grosso modo tout ce qu'il y a à retenir du disque.
Pour le coup, The Tombfiller est pas trop mauvais, le titre est envoyé avec conviction, et Sigh n'en fait pas des caisses avec des orchestrations discrètes et une bonne ambiance bien déglinguée comme il faut, avec une forte propension au symphonique psychédélique, à l'opposé, The Forlorn ou The Molesters of my Soul sombreront dans la plus grande des médiocrités à la limite du foutage de gueule, renforçant le caractère Hit and Miss de l'album, qui va se continuer jusqu'à la fin.

Difficile de sortir un titre en particulier qui soit pleinement satisfaisant tant les morceaux sont branchés sur courant alternatif, Out of the Grave est le morceau classique et plutôt speedé, que le groupe nous pond inlassablement sur chaque album, mélange de Black/Heavy et de fanfare de cuivre et un violon qui ne sera pas en reste, avec les traditionnels claviers psyché, difficile de s’exciter là-dessus, The Trial by The Dead aura au moins le mérite de proposer de bonnes idées par moments, notamment le chant opératique plutôt malsain, mais le titre s'avère assez bancal malgré une certaine emphase symphonique, même un morceau comme A Messenger from Tomorrow va parvenir à rater sa cible dans le genre atmosphérique, chose que Sigh maîtrisait parfaitement sur l'album précédent, et qu'il ne parvient plus à faire ici tant le titre se traîne en longueur avec passivité et monotonie, la dimension mélodramatique de la musique de Sigh s'avère ici quelque peu grotesque et surfaite, c'est triste à dire, mais Graveward manque de panache, on est jamais vraiment ébouriffé, et l'on remarque assez vite que Sigh utilise tellement d'orchestrations et de bidouillages psychédéliques qu'il finit par les répéter sur chaque morceau, de ce fait, l'ambiance est toujours un peu la même et les morceaux finissent par perdre leur identité pour se fondre dans un certain ennui, Graveward est en quelque sorte la preuve que l'on peu gaver un morceau jusqu'à la gueule de conneries WTF et aboutir malgré tout à de la monotonie, on avait connu les japonais bien plus inspiré, ici, c'est surtout du recyclage, ce qui s'avère finalement plutôt gênant et contre-productif.

Sigh ne fera jamais rien comme les autres, et même quand il se vautre, il le fait avec un fracas terrible qui ne laisse pas indifférent pour son caractère excentrique, ce qui n'empêche pas l'album d'être plutôt mauvais.
Graveward est le prolongement encore plus bancal et bordélique de Scenes From Hell, avec une production de merde, mais pour ce dernier point, j'ai le sentiment que c'est précisément ce que Sigh voulait faire, ce qui me laisse assez perplexe concernant les intentions des japonais avec ce disque, Graveward aurait pu être une véritable explosion de saveurs, il est irrémédiablement plat et inerte, ça sonne de manière Retro, certes, ce qui est plus ou moins le concept du disque, mais je ne vois pas en quoi annihiler la dimension explosive et dynamique de la musique de Sigh puisse être une bonne idée.
Sigh nous livre un album fourre-tout, et diablement bancal du début à la fin, un patchwork foiré qui rassemble un peu toutes les différentes périodes du groupe, sans vraiment de direction précise, sans idées neuves non plus, Graveward étant davantage une entreprise de recyclage, dommage pour cette fois-ci donc, mais tout n'est pas perdu, le prochain sera peut-être bien, on ne sait jamais avec ces japonais...

Bordel Retro foireux incohérent
Track Listing:
1. Kaedit Nos Pestis  04:36
2. Graveward  05:16
3. The Tombfiller  04:51
4. The Forlorn  05:40
5. The Molesters of My Soul  05:19
6. Out of the Grave  03:45
7. The Trial by the Dead 04:28
8. The Casketburner  05:03
9. A Messenger from Tomorrow  07:11
10. Dwellers in a Dream  03:26